Un appui international sous conditions
Si le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé conserve aujourd’hui les rênes du pouvoir, c’est en grande partie grâce à l’intervention déterminée de partenaires étrangers influents. Les États-Unis, le Canada et la France se sont opposés à sa mise à l’écart lorsque la majorité du Conseil présidentiel de transition envisageait son éviction.
Dans un entretien accordé au Nouvelliste et à Radio Magik9, l’ambassadeur du Canada en Haïti, André François Giroux, a confirmé ce soutien tout en fixant des lignes rouges claires. « Pas du tout », a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé si la communauté internationale avait accordé un blanc-seing au chef du gouvernement.
« Avec plus de pouvoirs viennent plus de responsabilités », a insisté le diplomate, soulignant que l’engagement d’Ottawa reste guidé par « le bien-être du peuple haïtien, sa sécurité et son droit constitutionnel de choisir ses dirigeants ». Il affirme que le Canada appuie une direction, non un homme, et attend des résultats concrets sur les chantiers prioritaires de la transition.
Manœuvres politiques et impératif sécuritaire
Le diplomate a également révélé que certains acteurs politiques auraient sollicité l’appui des chancelleries pour prolonger leur présence au pouvoir après l’expiration de leur mandat. Sa réponse est restée ferme : « Vous avez choisi votre cheval de bataille (…) maintenant votre rôle c’est de l’appuyer », balayant toute tentative de marchandage diplomatique.
Sur la question des élections, André François Giroux se dit « un éternel optimiste mais un optimiste lucide ». Il met en avant une structure politique mobilisée, le renforcement progressif de la Police nationale et le déploiement annoncé d’une Force de répression des gangs au mandat élargi, tout en appelant à la vigilance face aux réseaux attachés à l’impunité et au chaos.
En définitive, Ottawa affirme ne pas être attaché à des individus mais à des objectifs : sécurité, fin de l’impunité et retour au fonctionnement constitutionnel normal. « Tous les acteurs (…) sont là pour faire un travail », rappelle l’ambassadeur, estimant que seule une mobilisation collective permettra d’aboutir à des élections crédibles et à une transition réussie.